La ville de Bénarès et ses ghats (quais) s'étendent sur plus de 7 kms sur la rive ouest du Gange qui forme un large croissant. Sur la rive opposée, le rond rouge du soleil apparaît chaque matin au-dessus des brumes. Les eaux frémissent sous les premiers rayons et s'habillent d'une lumière rouge et or scintillante. La pierre des temples et des vieux palais reflète une lumière dorée de début du jour, de début du monde. Un concert de cloches accueille cet instant, les pèlerins font un signe avec les paumes jointes en direction du soleil, et une grande sérénité enveloppe le lieu. On entend les dhobis (blanchisseurs) frapper le linge sur des pierres en rythmant leurs efforts par des "han". Sur le ghat principal, les pèlerins de plus en plus nombreux se baignent dans les eaux, pratiquant leurs rituels, se lavant, chahutant, dans une atmosphère joyeuse et recueillie, tandis que les prêtres officient sous les parasols délabrés. Parfois, on peut apercevoir le plataniste, dauphin du Gange de 2 m de long pour 80 kgs en moyenne. Plus haut, quelques femmes étendent au soleil les saris au milieu des roucoulements des pigeons et des chants des oiseaux. Des cloches tintent à l'entrée des temples et un bandonéon entame un refrain. L'après-midi, quand le soleil est au zénith et que la chaleur est grande, la lumière sur les ghats est plus directe et les eaux du Gange virent au bleu. Quelques vaches viennent faire la sieste près du fleuve. En fin d'après-midi, des pèlerins ou habitants profitent de la douceur du soleil couchant pour venir sur les ghats jouer avec les enfants. A la nuit tombée, le fleuve s'assombrit et reflète les premières lumières naissantes de la ville. Quelques pêcheurs sur leur barque tirent avantage de la fraîcheur sous le ciel rosi par les derniers rayons couchants. Au loin, un prêtre entonne un chant en sanskrit. Le fleuve est calme, mais son énergie reste fabuleuse, considérant que Bénarès est à 80 m d'altitude et qu'il doit encore parcourir 1300 kms avant d'atteindre la mer.

 

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Carte de l'Inde

       


 


"Courtesy of The General Libraries, The University of Texas at Austin."

     

 


 

MYTHES  &  LÉGENDES

Malgré la pauvreté et l'insalubrité, la ville de Bénarès (Varanasi) véhicule une image de festivité et de joie de vivre, d'urbanité et de culture. Les plaisirs simples de la vie y occupent une place prépondérante et l'opulence de ses bazars émerveille le visiteur. Bénarès est aussi une ville éminemment sacrée où l'on vient mourir et voir chacun de ses rites et actions de dévotion magnifiés. Ce paradoxe existait déjà dans la très ancienne et délicieuse histoire du voyage d'Himalaya :
 

HAUT

    Quelque temps après le mariage de Shiva et Parvati, la mère de Parvati, Mena, fit remarquer à son mari, Himalaya, "Nous n'avons pas vu Parvati depuis qu'elle a épousé ce dieu nu Shiva, qui chevauche un taureau, se pare de serpents et de cendres et vit dans un lieu de crémation. Pourquoi ne te rends-tu pas chez eux à Varanasi pour avoir de ses nouvelles ?"
   Himalaya, à qui sa fille manquait beaucoup, fut d'accord pour le voyage et rangea dans sa valise une grande quantité de bijoux et de vêtements pour apporter à Parvati. Après tout, elle avait épousé un dieu qui ne possédait pas plus d'un habit et qui demeurait dans un lieu de crémation appelé Varanasi. Personne ne pouvait dire quelle sorte de maison elle avait ou de quoi elle pouvait avoir besoin. Himalaya se mit en route pour Varanasi avec des sacs de bijoux et de pierres précieuses - rubis, émeraudes et saphirs extraits de son trésor personnel. Venant du Nord, Himalaya arriva au bord de la rivière Varana et de là contempla la ville de Varanasi. Il ne pouvait pas en croire ses yeux :
   Sa terre même était constellée d'une multitude de différentes sortes de pierres précieuses et l'éclat des rubis de ses nombreux palais remplissait le ciel.
   La ville illuminait les quatre directions avec les nombreux pinacles d'or qui coiffaient ses demeures. Cela surpassait même le paradis des Dieux avec sa profusion d'étendards flottants. Merveilleux était le palais du plaisir des huit perfections, avec ses forêts qui portaient tous les fruits, surpassant même les arbres à souhaits du paradis.
   En voyant Kashi, une ville qui semblait être faite en or massif et ornée de pierres précieuses, Himalaya était embarrassé et honteux. Cela pouvait-il vraiment être la ville de son pauvre gendre Shiva ? A quel point la richesse qu'il avait apportée était dérisoire comparée à la grande fortune de Shiva. Stupéfié et humilié, Himalaya pensa, "je suis peut-être le Dieu des Montagnes, mais Shiva est le Dieu d'entre tous. La richesse que j'ai peut être mesurée, mais la richesse de Shiva est incommensurable."
   S'il ne pouvait faire rien d'autre, pensa Himalaya, il pourrait construire un grand temple ici avec la richesse qu'il avait apportée de son trésor personnel. Après s'être baigné à Panchaganga Ghat et ayant obtenu la bienveillance de Kala Bhairava, Himalaya établit un linga et fit construire un temple. Il l'appela Shaileshvara, "Le Dieu de la Montagne" et Shiva fut si heureux de ce temple qu'il consentit à demeurer là pour toujours, accordant richesse et libération à tous ceux qui venaient pour adorer.

 

 



Source : Extrait du livre : "Banaras, City of Light" de Diana L. Eck
© Alfred A Knopf, une branche de Random House Inc. 
 (Traduit de l'anglais.)


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