Le Site de Champaner-Pavagadh

Murs de la forteresse (Hissar-i-Khas)
La Capitale médiévale Champaner-Pavagadh
Photos © Copyright Rahul Gajjar.
Texte par Alain Joly.
Champaner-Pavagadh est devenue au 1er juillet
2004 le 26ème site en Inde à être inscrit au patrimoine
mondial de l'UNESCO. Le lieu est constitué de l'ancienne capitale médiévale
Champaner, et de la colline de Pagavadh, sacrée pour les hindous. L'ensemble
est un tissu complexe de sites archéologiques pour la plupart non encore
mis à jour, de vestiges hindous et musulmans comprenant des édifices
religieux, des fortifications, des pavillons d'agrément, des installations
de rétention d'eau, le tout construit entre le VIIIe et le XIVe siècle
et disséminé sur une surface de six kilomètres carrés
sur les contreforts de la colline de Pagavadh. A l'heure actuelle, 38 des quelque
120 monuments présents sur le site sont sous la protection de l'Archeological
Survey of India.
Situé dans l'état du Gujerat à
47 kms au nord-est de Vadodara, ce site peu connu des touristes étrangers
s'inscrit dans un environnement naturel spectaculaire et une solitude qui lui
a valu d'être largement oublié depuis la fin du XVIème siècle.
C'est au défunt Professeur R.N. Mehta, qui le premier y entreprit des
travaux dans les années 60, et aux 22 années d'effort du Vadodara’s
Heritage Trust que l'on doit à ce lieu d'être enfin reconnu,
après avoir été classé en 2000 parmi les 100 sites
les plus menacés au monde par le World Monuments Watch.
La colline sacrée de Pavagadh, constituée
de plusieurs plateaux successifs séparés par des falaises abruptes
ou des forêts, s'élève à 830 mètres au-dessus
de la plaine. Selon une légende, la colline serait un morceau d'un versant
himalayen que le dieu singe Hanuman transporta à Lanka dans un épisode
du Ramayana, d'où la nom Pavagadh qui signifie un quart de montagne.
On dit aussi qu'elle repose sur l'emplacement où tomba jadis un doigt
de pied de la Déesse Sati qui lui donna sa forme (1).
Selon une autre légende, le fameux Rishi Vishwamitra vivait dans une
vallée sur un promontoire avec sa vache Kamdhenu. Cette dernière
avait le pouvoir de la parole et était une source intarissable de lait.
Elle glissa un jour et, étant incapable de remonter la pente, se mit
à remplir la vallée de son lait pour rentrer à la nage.
En voyant cela, le Rishi pria les Dieux pour que la vallée soit comblée
afin d'éviter un autre accident. Ils exaucèrent son voeu en envoyant
une montagne si immense que les trois quarts de celle-ci bouchèrent la
cuvette, ne laissant dépasser que le quart restant.

Mausolée à la Mosquée Kewda
La citadelle de Champaner-Pavagadh porte les
cicatrices des nombreuses et successives guerres de possession dont elle fut
l'objet pendant le deuxième millénaire. La plupart des dirigeants
du Gujerat voulait la conquérir à cause de sa position stratégique.
Après une vie glorieuse sous la domination des Rajputs hindous, la ville
débuta sa période musulmane quand elle tomba aux mains des Sultans
de la région à la fin du XVème siècle. La cité
fut ensuite conquise par les Moghols en 1535, avant de finir dans l'oubli et
n'être plus qu'une petite ville à l'ombre de la plus importante
Ahmedabad.
Construite au XVème siècle, la Grande
Mosquée (Jama Masjid) est de loin le plus important des monuments islamiques
de Champaner. Construite par des hindous et des jaïns, elle est à
la confluence des idéaux musulmans et du savoir-faire artisanal hindou
et est considérée comme un des monuments les plus déterminants
dans le développement de l'architecture des mosquées en Inde et
dans le monde. Cette magnifique mosquée, mentionnée dans la prestigieuse
Encyclopedia of World Architecture, repose sur 172 piliers et possède
des minarets hauts de 30 mètres. Son dôme central supporté
par de hautes colonnes, ses balcons délicatement sculptés et ses
différentes portes ouvragées figurent parmi les éléments
architecturaux les plus remarquables. Le site renferme également de nombreuses
autres mosquées qui toutes sont les témoins du haut degré
de connaissance et d'expression du génie architectural qui prévalait
alors, et qui forment la partie la plus significative de l'héritage de
la période sultane de Pavagadh. Parmi les autres constructions érigées
à cette époque figurent une forteresse de 120 m de long sur 9
m de haut avec ses portes monumentales sculptées, des pavillons d'agrément,
et des lacs.

Porche - Jama Masjid
Si la citadelle de Champaner au pied de la colline possède une histoire et une architecture hindo-musulmane complexe remontant à 1200 ans, la colline de Pavagadh, avec ses vestiges de villes hindoues, est éminemment sacrée car considérée comme l'un des 52 Shaktipeeths existant dans le monde (1). Le temple de Kalikamata au sommet de la colline est un sanctuaire important qui attire de très nombreux pèlerins tout au long de l'année. Ce site sacré pour les hindous et les jaïns fut établi dès le VIème et le VIIème siècle, et fut dominé au long des siècles par différents royaumes et dynasties. Outre le temple de Kalikamata, de nombreux autres vestiges de temples hindous et jaïns subsistent avec de très belles sculptures montrant des scènes de la vie des principaux dieux, en particulier de Shiva. Des palais ont également été construits comme le Patai Raval, le plus important, dont il ne reste aujourd'hui que les fondations. Des résidences d'été montrent un haut degré de perfection dans la recherche du confort avec un système d'aération élaboré et des lieux pour s'asseoir et se protéger de la chaleur.

Temple de Lakulisha
La priorité est maintenant à la réhabilitation du site. Déjà, des paysagistes de l'Université de l'Illinois ont proposé un plan de conservation qui inclut la restauration des sites architecturaux, la remise en état des sentiers de pèlerinage, la construction de sentiers de découverte, sans oublier la préservation du paysage pour assurer un environnement durable autour de tous ces monuments. Amita Sinha, l'une des initiatrices du projet, a écrit : « Depuis la préhistoire, la géologie s'est mêlée aux éléments mythologiques pour produire les légendes qui ont donné à ce site son immense signification culturelle et religieuse. » Les résidents de Pavagadh et des villages voisins sont très heureux. Ghanshyam Joshi, qui fut associé à la renaissance de ce site, est conscient de ce qui leur incombe maintenant : « C'est la responsabilité des habitants de rendre cet endroit plus attractif et plus accessible aux touristes. Mais en même temps, ils doivent s'assurer que l'écologie si fragile de ce lieu est préservée. »
Source Photographies :
Toutes les photographies sont Copyright © Rahul Gajjar.
Notes :
(1) Les Shaktipeeths sont des "lieux de
pouvoir" dans la religion hindoue. La légende raconte que le Dieu
Shiva qui portait un jour le corps éteint de Sati sur ses épaules
était si agité de douleur que le Dieu Vishnu, craignant que cela
détruise le monde, utilisa ses pouvoirs pour découper les membres
de Sati. Depuis, chaque lieu où une partie de son corps est tombée
est un Shaktipeeth.
Rahul Gajjar vit et travaille à Vadodara en
Inde (au nord de Bombay). Après des études de photographie et
d'arts plastiques, il exerça la photographie et fut invité en
France en 1993 pour apprendre auprès de photographes de mode et de publicité.
Il se dirigea ensuite vers une carrière d'artiste digital, créant
des images par
le dessin et différents logiciels afin de créer des effets particuliers.
Ses principaux travaux ont été inspirés par la philosophie
classique indienne. Ses oeuvres ont été exposées à
Paris, aux USA, dans les Emirats arabes unis, et au Festival de l'Image Numérique
de Roanne en France.