Poésie

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Le sourire de l'Inde

 

Le sourire de l'Inde
N'allez point le chercher dans l'atmosphère feutré des hôtels luxueux
Des palais des puissants, ou dans le cœur branché des métropoles.
Prenez plutôt les chemins sinueux des campagnes, à l'ombre des villages
Sur les visages des faibles et des pauvres,
Dans la poussière immémoriale du travail recommencé.

 

La dignité de l'Inde
N'est pas de celle qui s'exprime en déférences et conformités
En volutes respectueuses des usages et de la tradition.
Elle est dans le regard simple et droit des infirmes et des mendiants
Dans les mélopées des aveugles, le long des trottoirs sous les abris de fortune,
Éclaire de sa présence le quotidien âpre des cités bidonville.

 

La richesse de l'Inde
N'est pas celle qu'empilent les nababs dans le secret des palais
Ne découle ni de quelque manne boursière, ou de juteux capitaux.
Elle s'écoule en flot continu dans les jeux et les rires des enfants
Dans leur énergie débridée et leur insatiable curiosité,
Par le trou de leurs rêves brisés, leurs petites intelligences minées.

 

La force de l'Inde
Ne se manifeste pas en fierté militaire et défilés de grandeur
Elle n'a besoin ni de politiques belliqueuses, d'idéaux malfaisants.
Elle gît dans les mains et les têtes des petits travailleurs et artisans
Dans leur savoir-faire ancestral, à la source de leur inépuisable talent,
En inventivité, débrouillardise, et autres recyclages ingénieux.

 

La beauté de l'Inde
N'a pas pour unique domicile les salons des musées, les façades des temples
Ne s'exprime pas seulement dans l'art des musiciens, des danseurs, des yogis.
Elle est partout présente, dans le son d'une cloche, la lumière d'un matin
Là où on ne l'attend pas, un ravissement de l'instant,
Elle est la trame invisible où se nouent les choses, les êtres, les événements.

 

La souffrance de l'Inde
Sachez la tutoyer tout en la respectant, car elle est un miroir pour l'humanité
Ne l'enfermez pas dans un carcan de sentiments, de vertus, de jugements.
Elle vient se briser en vagues tumultueuses sur des rivages inexplorés
Et ce sont étrangement par quelque énigme magnifique et troublante
Ceux qui la subissent le plus qui savent préserver mieux...
~ Le sourire de l'Inde.

 

 

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 Misère.

 

Image d'une petite fille
Accrochée à mes jambes
Sa fièvre et sa misère
Présentes dans ses mains moites
Cette nuit petite enfant de Bombay
J'ai porté la douleur du monde
Fillette les deux pieds dans la boue
Sache qu'à cet instant j'ai compris
Aussi misérable que tu sois
Tu mendies à plus pauvre que toi. 

 


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Y aura-t-il jamais un printemps
Dans le secret de mon jardin.
Depuis longtemps déjà - quand était-ce donc
Je ne m'en souviens pas
Les habitudes ont recouvert
Elles ne sont pas mauvaises
Les jeunes pousses des fleurs en devenir
Comme le chiendent des jours soufferts.
La lassitude a envahi
Comme autant de lierres rampants
Le doux lichen des possibles.
Où sont les mains frêles et agiles
Qui sauront dénicher sous la friche
Le tendre humus, la bonne terre
Source de toutes les renaissances.
Quand donc le chant si merveilleux
D'un rouge-gorge ou d'un merle
Pourra défaire et d'un seul
Les ronces inextricables de la peur.
Quel jardinier se fera l'arroseur
Des fleurs de la passion et des pommiers d'amour
Et quel baiser d'une pluie douce et matinale
Réveillera les bourgeons endormis.
Quel soleil sera assez chaud
Pour faire éclore mille fleurs, mille fruits
Quelle passante assez légère et insouciante
Prendra le temps d'humer tant d'arômes si longtemps enfouis.
Y aura-t-il jamais un printemps
Dans le secret de mon jardin.

 

 

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Solitude

 

J'ai tourné au coin de la rue
Puis j'ai suivi la chaussée mouillée
Que le soleil faisait luire de mille feux
J'ai levé la tête vers le ciel

 

Mon regard a rattrapé la ligne des toits
Est descendu le long du chéneau
Pour s'arrêter sur deux volets ouverts
Une fenêtre embuée que je connais bien

 

Tout à l'heure je serai là
Planté derrière cette même fenêtre
Le radiateur distillant une douce chaleur
Un coin de vitre nettoyé

 

Et derrière ce rond que ma paume a tracé
Un visage, ce même visage qui tous les jours
S'épuise et meurt à regarder
Le même paysage triste de la rue.

 

 

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Retourner à l'essentiel, cette perception immaculée
Avant l'avant, les souillures du vouloir
Les blessures, l'in-conscience
A quand le sens
Sinon l'errance est pour toujours
Ou pour longtemps, peut-être un jour...
L'espoir dédaigne les vagues tumultueuses du présent
Qui portent, emportent les bienfaits de demain
Le flux de la vie, le reflux de la vie
La mort omniprésente
Le sens des choses cachées, ou révélées
Elles attendent qu'on les réveille
L'instrument est émoussé
L'aiguiser
Le fondre et remettre cent fois
Mille fois
Sur l'établi des jours
L'ouvrage de la vie
Infatigable marteleur
Défaire l'immuable
Faire joindre les fissures
Effacer pour mieux permettre
Re-lier pour mieux faire naître
Et saisir l'inconnaissable
La passion et l'amour cognent aux fenêtres
Les ouvrir c'est faire rentrer le souffle d'un vent nouveau.

 

 

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Je n'ai pas saisi tous les enjeux
Mesuré la portée, ni la fragilité
Ma barque s'est échouée sur des rivages fades
Emportée par des vents trop présomptueux
Cent fois j'aurais pu hisser la voile
Pour une autre direction, un horizon d'azur
Mais les tempêtes étaient plus fortes
Et mon esprit - ce frêle esquif
S'est brisé sur des plages hostiles
Comme un espoir fragile sur les aspérités du temps
Comment peut-on se perdre
Quand la mer offre généreuse
Ses eaux profondes, sa houle dense
L'éclat de ses reflets opales sous les rayons qui chantent
Il y a tant à embrasser
Si l'on oublie la direction et les calculs
Je n'ai pas su compter, peut-être saurai-je aimer
Cet infini vaste et clair
Qui me supporte bien quand même
Moi qui m'égare, moi qui m'efface
Devant cette beauté si accomplie
Que l'on appelle tout simplement
La vie.

 

2000 © Alain Joly 

 

 

 

 


SARASWATI
Revue de Poésie, d'Art et de Réflexion
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