Le tisserand de Bénarès

   Considéré comme l'un des plus grands mystiques et poètes de l'Inde, vénéré tant par les hindous que par les musulmans et même par les sikhs, Kabir ne fut pourtant de son vivant qu'un humble tisserand, probablement illétré, dont il est presque certain qu'il n'a jamais rien écrit.
   On sait seulement de lui qu'il a vécu au XVème siècle à Bénarés, la ville sacrée des hindous, — alors soumise comme toute l'Inde à l'hégémonie musulmane —, et que ses parents appartenaient eux-même à une famille de convertis à l'Islam. Ses paroles, ou plutôt ses chants, qu'il composait spontanément au fil de son inspiration tout en travaillant sur son métier à tisser pour nourrir sa famille, furent recueillies par ses disciples et plus tard réunies par écrit.

 

 
Une bulle sur l'eau vive,

Voilà ta vie qui passe !

Elle brille un instant, puis s'efface

Comme une étoile à l'aube !


~~

 

O Kabir, reste donc en compagnie des Saints :

Ils t'imprègnent comme l'échoppe du marchand de parfum !

Même s'il ne t'en donne point,

Tu jouis de la fragrance qui partout se répand !


~~

 

Qui connaît le secret de ce tisserand ?

Il a tendu mille fils sur la trame du karma.

De la Terre jusqu'au Ciel sur son métier il tisse,

Avec Soleil et Lune pour navette du Souffle.

 

Et il tisse toujours, quand aura-t-il fini

Le voile immaculé de l'Esprit ?

Fil fin ou fil grossier, bon ou mauvais karma,

Dit Kabir, il tisse avec amour l'Ultime Réalité !


~~

 

Etrange en vérité est la quête d'Amour :

Qui la narre n'en connaît point la fin ;

Qui la connaît devient muet,

Et du merveilleux conte il ne peut souffler mot !


~~

 

Mes yeux seront la chambre et mes prunelles la couche :

Baisse, le jour de tes noces, le rideau de tes cils

Pour cacher ton amour et mieux gagner Son coeur !

 

~~

 

Ami, je demeure en ton coeur :

Pourquoi Me chercher ailleurs ?

 

Je ne suis ni dans le temple, ni dans la mosquée,

Ni dans la Ka'ba, ni à Kailash,

Je ne suis ni dans les rites ou les rituels,

Ni dans le yoga ou le renoncement.

 

Si tu savais Me chercher,

Tu Me trouverais en un instant !

Dit Kabir : écoute-moi, ô frère Sadhu,

Il est le Souffle des soufles !

 
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Sources :
Extrait du livre "
CENT HUIT PERLES. Kabir. Anthologie de poèmes" - Traduction de l'hindi et présentation par Yves Moatty. Editions "Les Deux Océans" 1995.

Bibliographie :
KABIR LE FILS DE RÂM ET D'ALLÂH. Anthologie de poèmes traduits du hindi par Yves Moatty. Les Deux Océans 1988.

 

 

 Nul n'a compris le secret de ce tisserand,
Du monde entier il a fait son cadre
Et il a tendu sa trame...

 

 


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